Un certain Paul Darrigrand – Philippe Besson

Il faut bien que je le confesse.

A chaque fois que je lis un livre d’Annie Ernaux, je me dis que moi aussi, j’aimerais écrire un livre comme cela. Un livre intime, qui ramène à la vie les souvenirs, qui fait revivre la couleur sentimentale du temps.

En refermant Un certain Paul Darrigrand, la même pensée m’est venue, insidieuse, irrépressible. Et cela n’est pas un hasard. Comme Annie Ernaux, Philippe Besson essaye de “sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais”. Il détache des images de sa mémoire et leur donne vie. C’est brut, c’est poétique. Ca émeut.

Le point de départ du roman commence sur une photo de 1988 retrouvée au hasard d’un déménagement, sur laquelle il revoit le visage de Paul Darrigrand. A partir de cette trace, Philippe Besson se remémore la passion secrète qu’il a noué avec ce dernier, alors qu’il était marié. Il nous fait revivre les doutes comme les moments de révélation intenses de cette relation, où tout passe dans un regard, dans un sourire :

« Je le suis. Et quand il se retourne avant de se diriger vers la baie vitrée, il m’adresse un sourire, un sourire très bref mais inoubliable. Un sourire d’une seconde. Et moi, je fais tout entrer dans ce sourire : le souvenir de sa peau dans la nuit, les baisers affamés, les corps en lutte, et finalement repus, épuisés, l’apparition matinale, le froid qui pique sur la terrasse, les mots, on savait que ça arriverait, on fait gaffe, la connivence coupable, la collusion magnifique des salauds ».

Au récit de sa passion succède la description de la maladie qui l’atteint peu après, et qui sont malgré lui inséparables :

“En effet, mon corps semblait s’autodétruire à l’instant exact où j’éprouvais un cruel sentiment d’abandon. Ces deux événements n’étaient pas seulement juxtaposés, ils étaient liés”.

C’est fort, c’est beau comme du Hervé Guibert dont il cite la phrase prémonitoire : “Un jour, un garçon apparaîtra dans ma vie, qui sera un piège”. Philippe Besson fait revivre ce piège avec poésie et mélancolie.

2 commentaires sur « Un certain Paul Darrigrand – Philippe Besson »

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