Sous le soleil de mes cheveux blonds – Agathe Ruga

“Il faut avoir un chaos en soi-même pour accoucher d’une étoile qui danse” (Nietzsche).

Agathe Ruga raconte le chaos, le fracas de ces années d’études que l’on vit à cent à l’heure. Dans son récit, Brune rencontre Brigitte, l’une est brune, l’autre blonde, elle vont former un duo inséparable soudé par les boites et l’alcool,  les week-ends entre copines. L’auteur capte dans son récit l’air du temps, elle rend avec justesse le refrain d’une époque, aussi entêtant qu’un tube de France Gall que l’on chante à tue-tête la nuit dans les rues désertes.

Impossible de ne pas faire le lien avec Sagan, la fureur de vivre qu’elle décrit dans “Bonjour Tristesse”. “Sous le soleil de mes cheveux blonds” décrit l’éveil à la féminité de ces jeunes femmes lors de cet éternel été où le corps exulte, où rien ne résiste à leurs désirs. Insouciante et avide d’expérience, Brune tombe enceinte à 20 ans, se marie, pour finalement se donner à un autre. L’auteur raconte à merveille ce moment où l’on joue avec la vie, où l’on fracasse tout sur son chemin, sans savoir que cela portera à conséquence.

Viendra alors le temps de la déception, celle que l’on ressent lorsqu’on quitte un mari parfait pour un amant qui vous néglige, celle qui vous poignarde lorsque votre meilleure amie rompt votre amitié sans donner d’explication. L’éternel été finit enfin, alors qu’on pensait qu’il allait durer toujours. Brune est rattrapée par les saisons, par la désillusion, par le vide. Cent-cinquante ans après Flaubert, l’auteur livre sa version de l’Education Sentimentale. Avec elle, l’entrée dans l’âge adulte se fait dans la douleur.

Mais contrairement à Flaubert, à Sagan, cette douleur n’est pas celle du désenchantement ou de la tristesse : c’est celle d’une renaissance. Mis en scène à la fin du livre, l’accouchement d’un deuxième enfant signe le début d’un renouveau. L’absence des êtres chers laisse place au désir de vivre, absolu, impérieux, emportant tout.

Avec ce récit d’un éclat violent, Agathe Ruga a mis au monde une nouvelle étoile. Réfractant la lumière de quelques classiques, elle brille dans la constellation littéraire du roman d’apprentissage qu’elle nourrit, déplace, approfondi.

4 commentaires sur « Sous le soleil de mes cheveux blonds – Agathe Ruga »

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