emmanuel CArrère-YOGA

T’AS PAS LU YOGA ?

En cette rentrée littéraire, j’ai fait comme 200 000 personnes en France, j’ai acheté Yoga d’Emmanuel Carrère !

J’avais adoré “L’adversaire”, mais ce nouveau livre me laissait un poil dubitative. C’était le titre. Allais-je aimer un livre sur le Yoga, une pratique à des milliards d’années lumière de mes centres d’intérêt ?

Dans la première partie du livre, le récit de la retraite de Yoga d’Emmanuel Carrère, l’exposé des différentes techniques de méditation, de respiration, “Vipassana”, “Vritti” et tutti quanti me laissèrent de marbre. Je m’ennuyais ferme. J’étais à deux doigts de tout lâcher, quand le livre se retourna soudain :

“Ma vie que je croyais si harmonieuse, si bien fortifiée, si propice à l’écriture d’un essai souriant et subtil sur le yoga, courait en réalité au désastre, et ce désastre n’est pas venu de circonstances extérieures, cancer, tsunami, ou frères Kouachi qui sans crier gare donnent un coup de pied dans la porte et abattent tout le monde à la kalachnikov. Non, il est venu de moi. Il est venu de cette puissante tendance à l’autodestruction dont présomptueusement je me croyais guéri et qui s’est déchaînée comme jamais et qui m’a pour toujours chassé de mon enclos”.

Et là, tout à coup, j’ai bouclé ma ceinture. Enfin, des montagnes russes émotionnelles ! Emmanuel Carrère raconte la dépression qui l’a mené directement à Saint-Anne, enchâssant les récits tragiques comme autant de métaphores de sa descente aux enfers. J’ai hurlé d’effroi au récit d’un garçon emmuré vivant suite à une d’anesthésie ratée. J’ai senti mon coeur se briser à la lecture d’une lettre d’un enfant de huit ans, pris dans les purges de 1936 en Union Sovétique, qui écrit à sa grand-mère ces mots d’une violence inouïe : “je continue à ne pas mourir”.

Quand j’ai refermé Yoga, j’étais si violemment secouée que j’ai pardonné à Emmanuel Carrère de m’avoir fait passer par deux phases de lecture aussi discordantes. Je me suis mise à aimer dans ce livre jusqu’à cette cassure étrange de la narration, comme si elle était victime d’une crise bipolaire.

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