jean-Philippe Toussaint-Les émotions

UN FRISSON NOUVEAU !

J’adore les livres de Jean-Philippe Toussaint, je les ai tous dévorés cette année, compulsivement, obsessionnellement. Pour leurs histoires d’amour terriblement belles. Pour leur style si admirable qu’on dirait que les phrases ont été sculptées ou peintes, plutôt qu’écrites.

Quelle impatience de savoir qu’un nouveau Toussaint arrivait ! Je me suis ruée en librairie pour acheter un exemplaire de “Les émotions”, le deuxième volume d’un cycle romanesque commencé avec “La clef USB”.

Dans ce livre, on retrouve Jean Detrez à la commission européenne de Bruxelles, spécialiste de prospective, cette science qui s’intéresse à l’avenir. Pourtant, l’imprévu gagne son quotidien : il y a le Brexit, l’élection inopinée de Trump, mais aussi la séparation d’avec sa compagne, et cette nuit passée avec une inconnue. Les émotions percent, éclatent, éclairent, à rebours tous les scénarios prévus:

“J’étais troublé, et je me serrais contre elle, je recherchais le réconfort contre son corps, je me blotissais intensément dans ses bras en laissant libre cours à mes émotions. Elle était émue elle aussi, elle releva la tête vers moi et rechercha mes lèvres, et je ne sais pas ce qui se passa alors, tout se poursuivit dans une réalité plus lente et comme ankylosée, j’embrassais Elisabetta et je ressentais une grande confusion mentale, les sentiments de deuil et d’amour mêlés dans mon esprit. J’étais en train d’embrasser Elisabetta, et c’était une sensation tout à fait inconnue qui m’envahissait, comme si c’était la première fois que je l’embrassais, ou comme si j’étais en train d’embrasser pour la première fois une femme inconnue dans une chambre d’hôtel, mais en même temps c’est toute ma vie qui remontait, de très loin, à la surface. C’est le passé que je sentais affleurer dans ce baiser, c’est notre histoire d’amour qui était en train de ressusciter sur nos lèvres.”

Des émotions, il y en a partout dans ce livre, toutes tendues comme des flèches qui à chaque fois touchent. “Vous avez créé un frisson nouveau”, avait dit Victor Hugo à Baudelaire. Cela vaut aussi de Jean-Philippe Toussaint.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s