Mathieu Lindon-Hervelino

Le rire d’Hervé Guibert !

Peut-on ressusciter Hervé Guibert 30 ans après sa mort? Dans “Hervelino” publié aux éditions P.O.L , Mathieu Lindon raconte les deux années passées en sa compagnie à la Villa Médicis à Rome. Ce qu’on y découvre, ce n’est pas le destin tragique d’un écrivain foudroyé par le sida, mais son rire. Un rire qui résonne tout au long des pages avec une telle force qu’on jurerait qu’Hervé Guibert se trouve dans la chambre à côté :

“Il y a aussi ce jour d’août où l’appareil avec lequel Hervé écoutait de la musique était tombé en panne. Il l’avait acheté à Rome, la garantie était encore valable et il avait réussi à découvrir où l’apporter pour qu’on le répare. Mais c’était plus loin qu’on avait calculé, on s’était trompé de chemin et surtout d’heure car on marchait en pleine chaleur sous un soleil de plomb. […] C’était un Philips […] mais la marque devait avoir mauvaise réputation à l’époque, ou Hervé feignait de le croire, et il me flanqua le fou rire qui le gagna aussi en sous-entendant qu’il avait voulu faire des économies mal placées et imaginant que nous étions les héros d’une publicité, deux crétins égarés dans Rome sous quarante degrés à l’ombre qui n’existait pas, ou plutôt d’une contre-publicité de la concurrence qui nous aurait filmés dans notre errance avec ce slogan atterré en voix off, comme un destin : “Ils ont acheté un Philips !””

On suit Mathieu Lindon, ses pérégrinations dans les rues de Rome et à travers les couloirs de la Villa Médicis, flanqués d’Hervé Guibert, touchés par son rire parfois violent, toujours gai, qu’il dresse comme un rempart face à la maladie.

“On déjeune à Paris tous les quatre, Hervé, Xavier, elle et moi, et Hervé voit qu’elle ne sait pas se conduire vis-à-vis de son sida, qu’elle est apeurée. Alors il dit “Mmm, ça a l’air bon” en regardant la salade qu’elle a devant elle et plante sa fourchette dans la fraise décorative au sommet de son assiette pour la terroriser pour de bon.”.

J’ai adoré ce récit, j’y ai découvert un autre Hervé Guibert, au-delà de sa gueule d’ange de papier glacé immortalisée dans les photographies.

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